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    Créer une paroisse accueillante

    July 9, 2018 Monseigneur Thomas Dowd
    Créer une paroisse accueillante

    Peu de temps après ma nomination comme évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Montréal en 2011, j’ai entrepris de visiter les 34 paroisses qui m’avaient été confiées et d’en faire un examen approfondi. Ce fut une expérience incroyable qui m’a ouvert le cœur et l’esprit et m’a permis d’apprécier l’œuvre du Seigneur dans le cœur de son peuple, et cela, dans chacune de ces communautés locales. J’ai aussi vu, bien sûr, les domaines qui nécessitaient des améliorations. Or, en 2014, le secteur anglophone du diocèse a décidé de tenir une conférence qui avait comme objectif de former des gens afin qu’ils acquièrent le savoir-faire nécessaire pour aider nos communautés à s’épanouir. Je suis fier que mon bon ami Glenn Smith ait contribué à la réussite de cette conférence en animant deux ateliers importants. J’aime profondément son zèle évangélique et je partage sa passion pour l’Évangile.

    Mes visites pastorales se sont échelonnées sur cinq ans et m’ont révélé que la plupart des paroissiens pratiquants considéraient leur paroisse comme accueillante. Cependant, lorsqu’on leur demandait pourquoi, ils ne savaient généralement pas comment répondre – leur réponse étant plus liée à une impression qu’à un fait réel. J’ai effectué quelques petits sondages, et les résultats démontrent que la plupart des fidèles pensent que leur paroisse est accueillante d’une manière globale parce que leurs amis la fréquentent sur une base régulière. Je ne suis nullement contre l’idée d’avoir des amis à l’église, mais je ne suis pas certain que c’est un critère suffisant pour parvenir à cette conclusion. Mon étude n’était pas scientifique au sens strict, mais elle était intentionnelle et comprenait de nombreuses observations générales couvrant de nombreuses paroisses.

    Alors qu’est-ce que ces visites pendant ces années m’ont enseigné ? L’« accueil » peut-il servir à mesurer la vie paroissiale ? Bien que je n’aie pas encore mis en place un « score de bienvenue », je peux avancer que les cinq critères importants suivants peuvent servir à mesurer l’accueil dans une paroisse. Selon mon expérience, une paroisse accueillante est :

    1. Sécuritaire
    2. Propre
    3. Ouverte
    4. Amicale
    5. Serviable

    Ces critères sont classés par strate, ce qui veut dire que chacun doit être présent dans une paroisse pour qu’elle soit considérée comme accueillante. Ainsi, si elle est très amicale, mais qu’elle n’est pas sécuritaire, nous ne pouvons pas dire qu’elle est accueillante. Pensez-y de cette façon : laisseriez-vous vos enfants aller chez vos voisins très amicaux et serviables, mais qui habitent une demeure malpropre et non sécuritaire ? J’imagine que non. Et même si ces gens avaient l’honnête intention de faire de leur maison un endroit accueillant, leur bonne intention ne s’avère tout simplement pas suffisante.

    Qu’est-ce que ces critères signifient donc ? Voici quelques pistes.

    1. Sécuritaire

    Les lieux physiques de la paroisse sont-ils sécuritaires ? La structure est-elle en bon état ou les briques risquent-elles de tomber ? Les marches et les rampes d’escalier sont-elles solides ? Une personne pourrait-elle trébucher sur quelque chose ? Y a-t-il de l’amiante à découvert ? Y a-t-il de la moisissure ? Y a-t-il des nids-de-poule dans le stationnement où les gens pourraient trébucher et se blesser ? Met-on du sel l’hiver pour éviter que les personnes glissent ? Les issues de secours sont-elles clairement balisées ?

    Qu’en est-il de l’environnement humain ? La zone extérieure est-elle correctement éclairée la nuit afin que rien de déplaisant ne puisse se produire ? L’environnement intérieur est-il sécuritaire ? Par exemple, des enfants curieux auraient-ils facilement accès à la salle des machines ? Y a-t-il des trousses de premiers soins, des extincteurs à feu et même un défibrillateur facilement accessible en cas de besoin ? Le personnel, y compris les bénévoles, est-il formé en matière de sécurité ? Sur ce qu’il faut faire en cas d’urgence ? Existe-t-il un code de conduite définissant des limites claires, y compris comment gérer des situations interpersonnelles inacceptables comme le harcèlement ? Existe-t-il une politique claire de prévention des abus ? L’environnement est-il exempt d’allergènes communs, y compris des options à faible teneur en gluten pour la communion et l’utilisation d’encens hypoallergénique (cela existe !) ?

    Il existe des façons de vérifier la sécurité environnementale. Le Service de sécurité incendie de Montréal peut inspecter les bâtiments et il a des personnes formées en tant que spécialistes de la sécurité en milieu de travail qui seraient en mesure de donner des conseils précis concernant le bâtiment d’une église. La compagnie d’assurance de la paroisse peut également donner des conseils à cet égard, car elle a un intérêt clé dans la gestion des risques.

    1. Propre

    Pensez à ce que nous faisons lorsque nous recevons des gens. Nous accumulons habituellement une quantité de désordre que nous remarquons à peine, sauf lorsqu’une nouvelle personne nous rend visite. Soudainement, nous nous mettons à ranger et à mettre de l’ordre. Les paroisses sont souvent considérées comme une seconde maison pour les gens. C’est généralement une bonne chose, mais cela peut aussi vouloir dire que lorsque l’état des lieux est moins présentable, nous ne le remarquons plus, et nous ne nous rendons pas compte à quel point cela peut être désagréable pour les nouveaux visiteurs.

    Quel est l’opposé de la propreté dans ce contexte ? Au pire, c’est la saleté. J’ai vu des paroisses sales, ou plutôt, des paroisses où certaines pièces étaient sales. C’est affreux, surtout pour une maison de Dieu. Bien que moins extrême, il peut s’agir de désordre, d’encombrement ou d’état négligé. L’allure d’une paroisse commence par son environnement extérieur. Je ne dis pas qu’elle doit remporter un prix pour l’aménagement paysager, mais a-t-on au moins tondu la pelouse ? Si les gens promènent leurs chiens autour de la paroisse, leurs excréments ont-ils été ramassés ? L’environnement intérieur est tout aussi important. Les bancs sont-ils rangés entre les cultes, le plancher a-t-il été balayé des restes de nourriture des enfants ? Les livres ont-ils été rangés ? Les salles de bains sont-elles régulièrement inspectées et nettoyées et approvisionnées en savon et en papier hygiénique ? Les cuisines sont-elles propres ? Y a-t-il des toiles d’araignées sur les murs ? Les rebords de fenêtres sont-ils pleins de poussière ?

    Selon mon expérience, les meilleures personnes pouvant donner des conseils sur la propreté sont les restaurateurs prospères, surtout ceux qui ont des restaurants de type familial. Personne ne veut manger dans un restaurant sale. En même temps, ces restaurateurs ont à faire face à différents clients, y compris les enfants (qui sont les plus désordonnés). Les propriétaires de garderies peuvent également donner de bons conseils. Demandez aux parents quelles garderies ont la meilleure réputation pour la propreté, et notez leurs conseils.

    En dernier lieu, je pense qu’il est important de faire la distinction entre la propreté et l’opulence. Avez-vous déjà visité la maison de quelqu’un qui avait aménagé sa demeure dans un but non seulement d’accueillir les gens, mais de les impressionner ? Cela peut être très intimidant, surtout pour ceux qui sont issus d’un milieu modeste. Je pense que nous sommes tous d’accord avec l’idée de vouloir de belles églises, mais, dans notre tradition, c’est la « noble beauté », et non l’opulence qui est normative.

    1. Ouverte

    Le premier élément d’ouverture est physique et il s’agit du bâtiment d’église. Est-il généralement verrouillé en dehors des services religieux ou reste-t-il ouvert pour que les gens puissent y venir prier ? Je sais que cela soulève des questions de sécurité, mais il y a des paroisses qui règlent ces questions. Celles qui sont situées dans des endroits publics peuvent indiquer par une affiche que l’église est ouverte. Ouvrir ses portes est synonyme d’invitation ! Même si le bâtiment reste ouvert un peu avant et après les heures de messe habituelles, cet espace sacré est important pour les individus qui en ont besoin. Un autre aspect de l’ouverture physique concerne l’accessibilité. Une personne à mobilité réduite peut-elle accéder au sanctuaire ? La salle de bain lui est-elle également accessible ? Y a-t-il des installations de la paroisse qui favorisent la famille ? Y a-t-il une salle pour jeunes enfants ou un service de garderie (au moment de la messe) ? Y a-t-il une table à langer dans la salle de bain ou un espace réservé à l’allaitement ?

    L’ouverture s’applique aussi au bureau de la paroisse. Quelles sont les heures d’ouverture au public ? Ces heures sont-elles pratiques pour les gens ou sont-elles établies davantage pour le personnel ? L’ouverture peut aussi avoir trait à la disponibilité des lieux. Au-delà de ses propres besoins pastoraux, la paroisse loue-t-elle son espace pour des événements ou permet-elle à des groupes communautaires (comme les AA) de l’utiliser ?

    Bien que ces éléments concernent les installations, il ne faut pas perdre de vue que ceux-ci n’aideront pas les gens à se sentir à l’aise d’entrer dans le bâtiment. Un bon site Internet pour la paroisse peut être utile, car les gens vont le consulter souvent pour obtenir des informations telles que l’heure de la messe. Une visite virtuelle de la paroisse (qui peut aussi se faire sous forme de dépliant pour ceux qui la visitent en personne) peut aider les gens à se familiariser avec l’environnement physique de la paroisse.

    Bien sûr, une paroisse, c’est beaucoup plus que des installations. Quel est le niveau d’ouverture de notre communauté ? Beaucoup de personnes dans des situations difficiles font régulièrement face à la peur du rejet, néanmoins, le Christ a brisé les barrières qui nous isolent. Dans quelle mesure sommes-nous accueillants envers les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un handicap physique, les gens souffrant d’un trouble de santé mentale, les minorités visibles, les immigrants, les gens divorcés, les familles monoparentales, les itinérants ? En tendant la main, n’oublions pas que Jésus est venu chercher et sauver ceux qui sont perdus. Ce qui nous marginalise le plus, c’est le péché, mais Jésus aime les pécheurs. La confession est une source de guérison : est-elle offerte et encouragée ?

    1. Amicale

    Comme je l’ai mentionné dans mon introduction, lorsque la plupart des gens pensent que leur paroisse est accueillante, ce qu’ils veulent plutôt dire, c’est qu’elle est amicale. Cependant, ils ne voient souvent que la réaction de leurs amis. Une paroisse vraiment accueillante doit agrandir son cercle.

    On saisit pleinement l’importance de la convivialité lorsqu’on comprend qu’elle s’agit d’une question de relation humaine. Cela commence par des visites officielles au bureau paroissial, mais également par des choses aussi banales que la boîte vocale paroissiale. À cet effet, est-il facile de joindre un membre de l’administration par le menu téléphonique en place ? Si on laisse un message dans la boîte vocale, est-ce qu’on y répond rapidement ? Par exemple, si une famille vit un deuil, on doit être en mesure de communiquer avec elle rapidement. Des questions semblables peuvent être posées sur le site Internet de la paroisse, par messagerie ou encore dans une page de contact du site de la paroisse. La personne tenue de répondre devrait toujours être conviviale. Malheureusement, des histoires de personnel grincheux au sein d’une paroisse sont légion.

    Le moment le plus important pour favoriser le rapport humain est sans aucun doute au moment de la fin de semaine. Le rapport s’amorce lorsque les gens tentent de se trouver un stationnement. Si l’espace est limité, y a-t-il un préposé pour aider à maintenir l’ordre ? Lorsque les gens entrent dans la paroisse, y a-t-il un préposé à l’accueil ? En ce qui a trait aux préposés à l’accueil, sont-ils adéquatement formés pour répondre aux questions et s’assurer que ceux qui sont nouveaux se sentent inclus ?

    Le personnel d’une paroisse, y compris les bénévoles, partage cette responsabilité. Bien que tous ne soient pas tenus de répondre aux questions des visiteurs, tous devraient être en mesure de répondre aux questions, donc d’être formés. Chaque membre du personnel devrait porter un badge ou un t-shirt avec le logo de la paroisse afin d’être facilement repérable.

    En fin de compte, les paroissiens participent à créer une atmosphère conviviale. Les dirigeants doivent favoriser cette atmosphère. Les annuaires paroissiaux et les albums photo permettent aux gens de mettre des noms sur les visages. Les événements sociaux, s’ils comprennent des touches personnelles comme des activités brise-glaces ou des annonces d’anniversaire de naissance et d’anniversaire de mariage, aident à développer un sentiment d’appartenance envers la communauté. Même un événement aussi simple qu’un bazar paroissial peut aider à nouer des liens.

    Mesurer à quel point une paroisse peut être amicale n’est pas une simple tâche, mais c’est plutôt facile de le savoir lorsqu’elle ne l’est pas. Méchanceté, froideur, grossièreté, critique, exclusion ne devraient pas caractériser le rapport humain qu’une paroisse offre. Heureusement, il existe des ressources pour nous venir en aide. Aussi banal que cela puisse paraître, les magasins comme Walmart forment leur personnel afin de s’assurer que l’expérience client n’inclut pas ces éléments négatifs. Au-delà du monde séculier, de nombreuses Églises évangéliques sont reconnues pour leur talent dans ce domaine. À Montréal, nous avons invité un groupe de pasteurs évangéliques à animer un atelier à ce sujet lors d’une conférence la vitalité de la paroisse, simplement parce que nous voulions apprendre des experts.

    1. Serviable

    Le niveau ultime de l’accueil se trouve dans la transition vers les soins pastoraux. Les paroisses qui sont au moins sécuritaires et propres n’éloignent pas les gens. Une paroisse qui est ouverte est plus attirante pour les gens. Une fois qu’une paroisse est réellement amicale, il y a alors une confiance qui peut grandir. Nous ne devrions pas être surpris lorsque cette confiance amène les gens à s’ouvrir sur leurs besoins et à chercher de l’aide. Il peut être question simplement de quelqu’un qui a besoin de câbles pour démarrer sa voiture. Certes, il peut aussi s’agir du besoin d’offrir une oreille attentive ou des références pour des services au sein de la communauté. Toutefois, au-delà de ces exemples, toute vulnérabilité devrait découler de l’attitude du disciple serviteur et caractériser chaque paroisse. Évidemment, c’est un sujet beaucoup plus vaste, mais je pense que cela nous montre de quelle façon notre mission de « chercher et de sauver les perdus » devient beaucoup plus facile lorsque les gens sont à l’aise de venir vers nous !

    Au-delà du « bonjour » initial que pouvons-nous dire d’autre ?

    La littérature pastorale met l’accent sur l’importance d’offrir un accueil chaleureux dans nos paroisses. Nous avons évidemment besoin de plus. L’essentiel de la vie d’une paroisse est l’adoration et le catéchisme. Pourtant, ces pratiques ne peuvent être offertes qu’à ceux et à celles qui font déjà partie du groupe paroissial. Si nous voulons que nos  paroisses soient des moteurs d’évangélisation qui touchent jusqu’aux périphéries spirituelles, il serait essentiel pour la mission d’offrir un accueil de première classe. Mieux encore, cela pourrait aussi enlever les obstacles qui empêchent les paroissiens de s’engager. Après tout, ce n’est pas donné à tous de transmettre la doctrine, mais tout le monde peut inviter un ami à se joindre à une communauté de prière accueillante. Lorsqu’une paroisse met en pratique ces éléments, il devient plus facile pour elle de devenir une bonne ambassadrice du royaume de Dieu.

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